2005-2019

Des hommes et des poissons

Extrait du voyage à Dakhla (Maroc)

Un village fantôme, bidonville de bord de mer, d’un passé récent est venu se poser sur cette fin de terre. Les pêcheurs ont bâti des abris de fortune pour se protéger des vents qui les saoulent et vivent sous des toits de vieux plastiques amalgamés et de filets en fin de vie. Au sol, déchets et immondices courent jusqu’au loin, là où la ligne des barques danse sur l’horizon.

En décembre, toutes les barques sont à l’eau : la grande saison du poulpe commence. Des milliers de pots noirs, lestés de ciments , seront déposés sur le fond de la mer à une trentaine de mètres de profondeur. Trois mille tonnes de poulpes viendront se faire prendre dans ses pièges.

Au retour des barques, le soir, l’activité sur la plage, divisée en zone, bat son plein. A chacun sa tâche. Ceux de la zone 5 attendent les leurs. A chaque barque un nom, à chaque barque sa place. Mille deux cent quarante sept barques, officiellement. Pas de mélange. Quand de puissants tracteurs les tirent hors de l’eau, les pêcheurs engagent aussitôt leur vente. Huit tonnes peuvent s’échanger en une seule journée. Trois tailles, trois prix, pour les poulpes. Des mains calleuses comptent les billets. On dit qu’une barque fait vivre huit familles. Une barque et sa licence coûtent un million de dirhams. Le jour où je suis passé, le poulpe se vendait cent douze dirhams le kilo.

En 1980, on comptait quatre vingt barques à Dakhla. Lassarga est en sursis. On parle de construire ici un complexe hôtelier.

Extrait du voyage au Sénégal

Ils sont des centaines sur ces plages à courir comme des damnés, se jetant à l’eau dès l’arrivée des pirogues pour remplir, au plus vite, leur bac de poissons. Ils passeront devant un premier pointeur sur le bas de la plage puis devant un deuxième sur la fin de leur course ; c’est ainsi que sont comptées leurs rondes, payées du plus petit euro, quand les deux pointeurs se seront mis d’accord sur le nombre de passage de chacun.

« Le poids pas bon pour l’homme », me dit celui qui refusait que je le photographie portant, amortie par une couronne de mousse sommairement posée sur sa tête, un bac de 70 kgs de sardines, d’un plastique aussi triste et gris que fonctionnel. Le cou et le dos brisé, ses jambes ne le portant plus, cet homme cassé, le corps usé par tant de courses, se préservait d’une dignité perdue.

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